Les poissons et
le cormoran est une fable de Jean de la Fontaine, peu connue. On peut toutefois se demander si la mauvaise réputation de ces grands oiseaux -notamment auprès des
pêcheurs- ne vient pas de là :
Fiche signalétique du cormoran : le grand cormoran est tout noir avec des reflets bleus et vert bronze. La queue est assez
longue. La tête a quelques plumes blanches sur une crête peu fournie. Les yeux sont verts, allant de l'émeraude au turquoise. Le bec légèrement crochu et puissant est noirâtre et jaune à la base.
Les pattes et les doigts palmés sont noirs.
Il vit sur les côtes rocheuses ou sablonneuses, dans les estuaires, près des lacs et des grands cours d'eau. Il niche sur les falaises et les îles rocheuses, et se nourrit dans les eaux abritées.
Il hiverne le long des côtes et se déplace en fonction des réserves de nourriture.
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C'est un remarquable pêcheur: il plonge, jusqu'à 10 mêtres parfois, pour capturer sa proie avec le bec et il peut rester
sous l'eau pendant plus d'une minute. |
Le cormoran a des plumes spéciales pour faciliter la nage sous l'eau: ces plumes ne sont pas toutes imperméables et l'eau peut y
pénétrer. Seulement, une fois hors de l'eau, l'oiseau doit se sécher ses plumes et on le voit souvent, ailes largement ouvertes, perché sur une branche bien aérée. |
Les Poissons et le Cormoran
Il n'était point d'étang dans tout le voisinage
Q'un cormoran n'eût mis à contribution :
Viviers et réservoirs lui payaient pension.
Sa cuisine allait bien : mais, lorsque le long âge
Eut glacé le pauvre animal,
La même cuisine alla mal.
Tout cormoran se sert de pourvoyeur lui-même.
Le nôtre, un peu trop vieux pour voir au fond des eaux,
N'ayant ni filets ni réseaux,
Souffrait une disette extrême.
Que fit-il? Le besoin, docteur en stratagème,
Lui fournit celui-ci. Sur le bord d'un étang,
Cormoran vit une écrevisse.
« Ma commère, dit-il, allez tout à l'instant
Porter un avis important .
A ce peuple: il faut qu'il périsse;
Le maître de ce lieu dans huit jours pêchera.»
L'écrevisse en hâte s'en va
Conter le cas. Grande est l'émute;
On court, on s'assemble, on députe
A l'oiseau : « Seigneur cormoran,
D'où vous vient cet avis? Quel est votre garant?
Etes-vous sûr de cette affaire?
N'y savez-vous remède? Et qu'est-il bon de faire?
- Changer de lieu, dit-il. - Comment le ferons nous?
- N'en soyez point en soin : je vous porterai tous,
L'un après l'autre, en ma retraite.
Nul que Dieu seul et moi n'en connaît les chemins :
Il n'est demeure plus secrète.
Un vivier que Nature y creusa de ses mains,
Inconnu des traîtres humains,
Sauvera votre république. »
On le crut. Le peuple aquatique
L'un après l'autre fut porté
Sous ce rocher peu fréquenté.
Là, cormoran, le bon apôtre,
Les ayant mis en un endroit
Transparent, peu creux, fort étroit,
Vous les prenait sans peine, un jour l'un, un jour l'autre;
Il leur apprit à leurs dépens
Que l'on ne doit jamais avoir de confiance
En ceux qui sont mangeurs de gens.
Ils y perdirent peu, puisque l'humaine engeance
En aurait aussi bien croqué sa bonne part.
Qu'importe qui vous mange? Homme ou loup, toute panse
Me paraît une à cet égard;
Un jour plus tôt, un jour plus tard,
Ce n'est pas grande différence.
Jean de La Fontaine, Fable III, Livre X.
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